Reconstruire l’espoir : quel parti communiste aujourd’hui ?

mercredi 5 septembre 2007
par  par Jean Pierre Ravery
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150 communistes, membres ou non du PCF, réunis à Vénissieux, samedi 1er septembre 2007, ont affirmé ensemble la nécessité de l’existence d’un parti communiste en France et se sont dotés d’une coordination pour mieux se faire entendre. Une résolution a été adoptée à l’issue de cette journée (voir en fin d’article).

« Fini le bricolage ! » : Cette formule d’André Gerin aurait pu être le mot d’ordre de la rencontre nationale qui a réuni 150 militants communistes à Vénissieux le 31 août et le 1er septembre 2007. Les co-organisateurs de cette université d’été avaient confectionné une banderole plus classique qui énonçait : « Reconstruire l’espoir : quel Parti communiste aujourd’hui ? » À l’issue de débats passionnés et passionnants, les participants se sont entendus pour adopter un texte en forme de signal, affirmant leur volonté commune de travailler ensemble et de coordonner ce travail, par-delà les différences d’itinéraires, d’analyses, d’expériences, voire même parfois par-delà leurs divergences. C’est ce que le député-maire de Vénissieux entendait par « Fini le bricolage ! ».

Une vingtaine de départements étaient représentés, de l’Aude au Pas-de-Calais en passant par la Somme, l’Isère, la Seine-Saint-Denis, la Haute-Loire ou le Loir-et-Cher sans oublier Paris. Quatre autres avaient envoyé des messages d’encouragement accompagnés d’excuses pour cause de fête ou de réunion. La diversité des « sensibilités » n’était pas moins grande, entre les communistes toujours membres du PCF et ceux qui l’ont quitté, par choix ou poussés vers la sortie par ceux qui contrôlent « l’appareil », entre ceux qui se veulent communistes sans avoir jamais adhéré au PCF et d’autres que des luttes ont amené à rejoindre telle ou telle coordination, réseau ou ligue, entre ceux qui pensent qu’il faut poursuivre le combat à l’intérieur du PCF pour remettre le parti sur les rails et ceux qui sont persuadés que c’est une bataille perdue d’avance, entre ceux qui condamnent sans appel la direction nationale du PCF et ceux – peu nombreux il est vrai - qui lui trouvent encore des circonstances atténuantes.

En ouvrant la première séance, le secrétaire de la section de Vénissieux, Serge Truscello avait pris soin de fixer les limites de l’exercice : « permettre aux communistes encartés ou pas d’avoir un échange pour être plus offensifs en cette rentrée et poser des jalons pour aller plus loin ». Chargée d’introduire les débats, l’animatrice du réseau dans le Rhône, Marie-Christine Burricand se félicita de cette exceptionnelle affluence qui n’était pas gagnée d’avance, compte tenu de la période mais aussi des difficultés d’organisation rencontrées par nombre de communistes isolés ou ostracisés au sein du PCF, compte tenu également de la variété des analyses et des positionnements des uns et des autres. « Ce qui l’a emporté, souligna Marie-Christine Burricand, c’est notre capacité à conserver des liens et à privilégier ce qui nous rassemble ».

Face à une direction qui « n’en finit pas de s’excuser d’être communiste » et qui abandonne progressivement toute référence au communisme, cette rencontre nationale a été organisée pour « nous mettre d’accord sur une permanence de liens entre nous et sur notre volonté de faire vivre une organisation communiste dans ce pays ». La séance du samedi matin fut consacrée à un état des lieux, département par département. Désolante litanie : sections et cellules d’entreprises liquidées, directions départementales transformées en clubs d’élus locaux maintenus sous perfusion par le PS, parti absent de la bataille d’idées et des luttes, cellules privées de financement par la direction, militants découragés. Au point de conduire le secrétaire fédéral du Pas-de-Calais, Jean-Claude Danglot à faire ce constat : « aujourd’hui, il y a plus de communistes sincères hors du parti qu’à l’intérieur ».

Monté de Marseille avec une dizaine de ses camarades, Charles Hoareau est l’un d’entre eux. Il expliquera les espoirs suscités par cette rencontre nationale. Sur le plan local, l’audience est réelle, des luttes sont conduites victorieusement avec le soutien de la population, mais hors des Bouches-du-Rhône, « il y a un manque de lisibilité nationale ». Et Charles Hoareau de conclure : « il ne faut pas que ce soit une réunion sans lendemain ». De nombreux intervenants formuleront le même souhait, certains allant même jusqu’à préconiser l’organisation d’une « tendance » au sein du conseil national du PCF « pour donner une dimension nationale à notre opposition ». « Qui dit lutte interne dit organisation interne » lancera une participante. Mais d’autres diront leur scepticisme, refusant de s’investir dans une bataille interne perdue d’avance face à une direction « qui contrôle l’appareil et le fric » et préférant travailler à la construction d’une relation de confiance avec les salariés et la population.

Par-delà ces divergences d’appréciation, tous étaient en tout cas d’accord pour constater que les Français ont plus que jamais besoin d’un parti ou d’une organisation communiste en ordre de marche pour contrer les orientations d’un capitalisme mondialisé et d’une droite décomplexée, pour porter un projet de société différent, orienté vers le bien de tous, pour ouvrir des perspectives et préparer de nouvelles conquêtes sociales comme en 1936, comme en 1945, comme en 1968. Travailler au rassemblement de tous les communistes du pays est précisément l’objectif fixé à la coordination dont les participants ont décidé de se doter à la quasi-unanimité.

La rencontre de Vénissieux n’avait pas vocation à se muer en congrès, ce qui permit finalement l’adoption d’un texte qui sera diffusé lors de la Fête de l’Humanité et adressé à tous les communistes, pour leur proposer une base de rassemblement et de discussion. « La plus belle victoire de cette réunion, concluera l’un des participants, c’est que des communistes membres du parti et d’autres qui l’ont quitté se parlent et aient envie de travailler ensemble pour reconstruire un projet de société ». André Gerin conclut la rencontre en insistant sur son importance politique, « sans pour autant se raconter d’histoires ». Une prochaine réunion se tiendra fin octobre, début novembre à Paris. D’ici là, la Fête de l’Humanité aura certainement permis à de nombreux participants de se revoir et de discuter de leur démarche avec d’autres communistes.



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