Ces jeunes qui ont des envies d’ailleurs

jeudi 6 avril 2017
par  Hassane Zerrouky
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« Un jeune sur cinq dans les pays arabes analysés veut émigrer.

Une proportion qui atteint les 53% dans le cas de la Tunisie. » C’est le triste constat auquel a abouti une étude coordonnée par le Centre des affaires internationales de Barcelone (Cidob) dans les trois pays du Maghreb, en Égypte et au Liban.

L’enquête a concerné un échantillon de 10 000 personnes et a été menée par des économistes, sociologues et experts des pays concernés dont l’Algérien Nasreddine Hammouda, statisticien économiste au Centre de recherches en économie appliquée pour le développement (Cread). Elle a été réalisée entre 2014 et 2016 dans chacun des cinq pays en réponse à une commande de la Commission européenne.

« La principale motivation qui pousse ces jeunes à vouloir partir est, une fois de plus, économique : trouver un emploi digne et de meilleures conditions de vie », indique un communiqué du Cidob, qui précise que « plus le niveau d’éducation est important, plus le désir d’émigrer est renforcé ». Un constat que confirme l’expert algérien cité plus haut qui souligne : « Ce qui est remarquable, c’est que le fait d’arriver à l’université renforce le désir d’émigrer (…) Le jeune pense qu’il peut valoriser ses compétences dans un pays plus développé économiquement et qu’elles seront gâchées s’il reste. »

Les résultats de cette enquête, qui a identifié quatre principaux facteurs à travers les 10 000 entretiens réalisés – le niveau de vie (28%), la situation économique (22%), l’emploi (12%) et le système éducatif (10%) – reflètent un « sentiment général de frustration et d’exclusion sociale » chez les jeunes dans des pays où le taux de chômage des jeunes se situait autour de 30% en 2014, alors que la moyenne mondiale était de 13%.

Autre aspect relevé par cette enquête c’est « la sensation de ne pas pouvoir arriver à devenir adulte », avoir un travail, quitter la maison de leurs parents, se marier ». Rien de surprenant donc dans le fait qu’ils soient près de 60% à ne pas prendre part aux élections, à se désintéresser de la chose politique et, partant, que peu d’entre eux s’identifient aux institutions censées les représenter.

Quelles que soient les raisons ayant poussé la Commission européenne à commander cette enquête, elle traduit un sentiment d’inquiétude chez les jeunes Maghrébins, Egyptiens et Libanais. Même si les situations d’un pays à l’autre diffèrent, il y a une constante, une envie d’ailleurs qui n’est certainement pas motivée par le seul facteur socio-économique et un horizon bouché. Autre chose nourrit également leur envie de partir.

En effet, dans un monde où internet et les réseaux sociaux ont raccourci le temps et les distances, cette attirance pour d’autres horizons reflète chez eux un besoin de liberté et une part de rêve qu’ils croient pouvoir réaliser en Europe ou en Amérique du Nord. Même s’ils sont croyants, ils doivent faire face aux pesanteurs socioreligieuses rétrogrades et au côté répressif qui va avec : l’islam instrumentalisé est convoqué quotidiennement pour leur rappeler comment se conduire et se comporter dans la rue et en société, leur indiquer à tout moment ce qui est licite ou non.
A quoi s’ajoutent tous ces faits observables : la sensation d’étouffement (hogra), l’impunité dont jouissent les corrompus, l’étalement de richesses mal acquises… Autrement dit, le sentiment de frustration sociale ne peut être réduit à sa seule dimension socio-économique. C’est un tout qui pousse un jeune sur cinq des pays étudiés vers ce besoin d’aller vivre sa jeunesse ailleurs que dans son pays. Aussi ne sert-il à rien, alors que l’Europe se referme comme une huitre, de dire aux jeunes de ne pas y aller parce qu’ils seront rejetés ou victimes de racisme et de discrimination à l’embauche, même diplômés. Il faut leur offrir d’autres perspectives.

Autre problème, cette histoire de contrebande d’essence et de mazout – 60% vers le Maroc, 30% vers la Tunisie et 10% vers le Mali – rapportée par le journal Liberté, citant le quotidien britannique The Guardian. Quelque 600 000 véhicules marocains et tunisiens rouleraient à l’essence et au gas-oil algérien, occasionnant un manque à gagner de deux milliards de dollars. Comme quoi, la fermeture de la frontière avec le Maroc n’empêche nullement ce trafic juteux sur lequel le royaume de sa majesté ne dit rien puisque c’est « tout bénéf » pour lui. Et que dire de ces produits de toute sorte importés à coups de milliards de dollars, dont une partie est écoulée dans les pays voisins...

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