Égypte, Syrie, Corée du Nord, incertitudes et menaces

jeudi 13 avril 2017
par  Hassane Zerrouky
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Quel bénéfice compte tirer Daesh du double attentat de dimanche (45 morts) visant les coptes égyptiens à Alexandrie et à Tanta, dans le nord du pays ? Faire peur aux 15 millions de chrétiens égyptiens et les inciter à partir ? Ils ne partiront pas car l’Égypte est leur pays depuis la nuit des temps.

Daesh s’abrite derrière sa vision de l’Islam pour justifier ses crimes et, pour ce faire, n’hésite pas à se comparer aux combattants de l’Islam du 7e siècle. Or, lors de la prise de Jérusalem en 638, l’un des plus célèbres d’entre eux, le calife Omar Ibn Al-Khatab, qui s’était vu remettre les clés de la ville, avait publié juste après avoir visité le Saint Sépulcre, une adresse stipulant : « La sécurité des personnes et des biens est garantie pour les habitants de Jérusalem. Leurs églises et les croix doivent aussi être sécurisées. Ce traité s’applique à tous les habitants de la ville. Leurs lieux de culte doivent rester intacts. Ceux-ci ne seront ni repris ni démolis. Les gens sont tout à fait libres de suivre leur religion. Ils ne doivent être affectés à aucune difficulté. » Plus de quinze siècles après, c’est un discours d’intolérance et de haine que l’on entend.

L’autre dossier chaud, c’est la Syrie. Sans attendre les conclusions de l’enquête instruite par l’ONU pour établir les responsabilités et châtier les coupables de l’attaque chimique menée dans la région d’Idlib, sur ordre de Donald Trump, une base aérienne de l’armée syrienne a été bombardée.

Sans attendre, François Hollande et Angela Merkel ont délivré un blanc-seing à Trump, qualifié il y a peu par les médias proches de l’Elysée de dirigeant politique imprévisible, de raciste et de misogyne, prêt à pactiser avec le diable – la Russie – et son allié Bachar. « La certitude américaine ne saurait cependant valoir démonstration, les raisons invoquées pour déclencher la seconde guerre d’Irak sont dans tous les esprits », avertit le chercheur et essayiste Axel Kahn.

Pour l’heure, la France applaudit : l’intervention américaine, selon le Quay d’Orsay, donne raison a posteriori à Hollande : durant l’été 2013, il voulait bombarder les forces de Bachar accusé d’avoir utilisé des armes chimiques contre ses adversaires, mais Barack Obama, qui savait où pouvait mener une intervention militaire, y avait opposé son veto.

Lundi, réunis à Madrid, les pays du Sud de l’UE (France, Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Malte, Chypre) se sont rangés avec un bel unanimisme atlantiste derrière le maître américain, et ce, quelques jours après le soutien affiché par Londres, Berlin, Riyad, Tel Aviv, et tous les va-t’en-guerre de la planète à Donald Trump. Lequel menace de récidiver et, dans son délire de shérif de western de série-B, veut même frapper la Corée du Nord. A l’évidence, pour redorer son blason et s’imposer face à ses concitoyens de plus en plus sceptiques sur sa politique, le Président américain, en difficulté sur le plan interne, semble prêt à n’importe quelle aventure.

En attendant que l’enquête de l’ONU établisse les responsabilités, la question qui est sur toutes les lèvres est de savoir pourquoi la Syrie a lancé une attaque à l’arme chimique alors qu’elle était militairement dans une phase ascendante ? « Ce qui est moins clair, ce sont les motivations stratégiques derrière l’attaque aux armes chimiques attribuée au régime d’Assad, car elle a ouvert la voie à des interventions ultérieures qui peuvent réduire les capacités militaires de la Syrie », s’interrogeait, dubitatif, Reed Foster, analyste militaire à l’institut Jane’s de Londres. Autre interrogation : quel intérêt le régime syrien avait-il à se mettre de nouvelles pressions internationales sur le dos alors qu’il encourait le risque de voir les membres du G7 remettre sur le tapis le départ de Bachar ? C’est d’ailleurs ce qu’ils ont demandé mardi lors de leur réunion à Toscane (Italie). A moins qu’au sein du pouvoir syrien il existe des partisans de la politique du pire cherchant à torpiller le processus de règlement basé sur un compromis acceptable par tous les protagonistes syriens y compris islamistes, préconisé par Moscou et Ankara.

Ce qui est certain, c’est qu’une nouvelle période pleine d’incertitudes et de menaces est en train de s’ouvrir. Les Etats-Unis menacent de récidiver tandis que la Russie, qui n’exclut pas des « provocations à l’arme chimique » (dixit Poutine) pour accuser Damas, a averti qu’elle ripostera en cas de « nouvelle agression » américaine. Et le Yémen, dont on parle peu, théâtre d’une guerre conduite par l’Arabie Saoudite et ses alliés arabes contre les Houthis (chiites) soutenus par l’Iran, est au bord de la crise humanitaire.

Voir La nébuleuse islamiste de Hassane Zerrouky




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