Avec Le Pen aux portes du pouvoir, l’Algérie est plus que concernée

jeudi 27 avril 2017
par  Hassane Zerrouky
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L’Algérie a-t-elle intérêt à avoir pour futur partenaire une France gouvernée par l’extrême-droite et une Marine Le Pen rêvant de revanche ? Cette dame est aux portes du pouvoir. Un vent d’extrême-droite et de xénophobie souffle sur la France. Emmanuel Macron, donné trop tôt vainqueur parce qu’il a relégué Marine Le Pen à la seconde place, ce n’est pas encore gagné. D’autant que le positionnement de Jean-Luc Mélenchon, s’il persistait dans son attitude, pourrait jouer en faveur de Marine Le Pen.

Quelles conséquences pour l’Algérie ? La dirigeante du Front National (FN) a placé l’immigration, singulièrement celle d’origine algérienne, synonyme de terrorisme et de djihadisme, de prosélytisme islamiste, au cœur de sa campagne. Le chômage, la pauvreté, la mal-vie, la désertification industrielle, c’est la faute de la mondialisation génératrice d’immigration « sauvage », clame-t-elle partout. Ce qui, dans l’oreille du petit raciste de base, fait mouche et signifie tout simplement que les immigrés sont la cause existentielle de ces problèmes.

Et quand cela ne suffit pas, Marine Le Pen recourt, avec un aplomb incroyable, aux gros mensonges comme lorsqu’elle a évoqué le 15 avril dernier à Perpignan, en terre conquise, devant une foule hystérique scandant « on est chez nous », « l’arrivée de 500 000 à un million d’Algériens en cas de décès de Bouteflika » !

Pour attirer le chaland, la dirigeante du FN ne recule devant rien. « Avec Macron, c’est l’islamisme en marche, le communautarisme en marche », assène-t-elle. Et parmi ses propositions choc, l’immigration zéro, la restriction des visas, la révision des accords avec les pays du Sud méditerranéen – allusion aux accords de 1968 entre l’Algérie et la France – moins ou pas du tout d’étudiants en provenance du Maghreb et d’Afrique dans les universités françaises et bien sûr la fin du droit du sol. Avec tout ça, on entend dire que cette dame n’est pas raciste. Un petit peu quand même, non ?

D’aucuns – je l’ai lu et entendu – estiment que cette élection présidentielle ne concerne pas l’Algérie. « Ce ne sont pas nos oignons », entend-on dire. Eh bien non, si des grandes puissances et des pays développés comme l’Allemagne, l’Italie et les pays du nord de l’Europe s’effraient de l’arrivée au pouvoir en France de Marine Le Pen, a fortiori, l’Algérie a toutes les raisons pour s’en inquiéter encore davantage. Certes, on n’est plus dans les années 1960. La configuration géopolitique a changé. Et confrontée au principe de réalité – quelque dix milliards d’euros d’échange entre les deux pays – l’extrême-droite, à supposer qu’elle remporte l’élection présidentielle et qui fait les yeux doux aux PME, ne pourra pas tout effacer d’un trait. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’elle dispose d’un réel pouvoir de nuisance et que tous les scénarios sont possibles.

Le pire est donc à craindre. En effet, outre les tracasseries à n’en plus finir pour l’obtention de visas dont le nombre sera réduit au maximum, des humiliations aux frontières pour ceux qui en disposeront, des expulsions massives à ne pas écarter, l’Algérie, qui, ne l’oublions pas, est quelque peu fragilisée par le contre-choc pétrolier, n’est pas à l’abri d’une provocation : un incident, pouvant tourner à la crise entre les deux pays, peut vite arriver.

Les relations entre l’Algérie et la France, déjà pas au beau fixe avec les gouvernements français précédents, seront certainement affectées. Et si l’on ajoute le poids du contentieux historique qui perdure depuis 1962, elles pourront davantage se détériorer.




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