Petit tour d’horizon avant les vacances

jeudi 20 juillet 2017
par  Hassane Zerrouky
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Que Benyamin Netanyahu, à qui la France vient de dérouler le tapis rouge, soit opposé au cessez-le-feu initié par les Etats-Unis, la Russie et la Jordanie et entré en vigueur le 9 juillet dans les provinces de Soueida, Deraa et Qouneitra, n’a rien de surprenant. Pour ce partisan ouvertement déclaré d’un remodelage de la région en micro-Etats, le conflit qui déchire l’Irak et la Syrie arrange Israël. C’est la raison pour laquelle – je l’ai mentionné à maintes reprises – Israël soigne les djihadistes de Fatah Cham dans des hôpitaux de campagne installés dans le Golan syrien occupé, et n’hésite pas, sous prétexte de combattre le Hezbollah, à frapper l’armée syrienne. Quant à la menace iranienne invoquée par Tel Aviv pour justifier son opposition à ce cessez-le-feu, chacun sait que c’est bien l’occupation depuis 1967 des 1 200 km2 du plateau du Golan syrien qui est le vrai problème.

Toujours est-il que Netanyahu est reparti ravi de Paris où il était en visite après que le président Macron l’a assuré, sans craindre le ridicule de son propos, que la France ne céderait « rien aux messages de haine, à l’antisionisme parce qu’il est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Messages de haine, soit, mais pour le reste c’est du BHL et du Finkielkraut dans le texte !

A Raqqa, dernier bastion sans doute de l’Etat islamique (EI), plus connu sous l’appellation de Daesh, les Forces démocratiques syriennes (FDS, alliance arabo-kurde) continuent de progresser dans la ville. Appuyées par d’intenses bombardements de l’artillerie lourde américaine et les raids aériens de la Coalition internationale menés par Washington, les FDS seraient sur le point de contrôler un nouveau quartier, Yarmouk. Vaincu militairement, l’islamo-wahhabisme, dont se revendique Daesh, va subsister et c’est là le vrai problème d’autant que le terreau sur lequel fleurit cette idéologie – les profondes inégalités sociales, l’absence de démocratie et de liberté, l’autoritarisme, la corruption et la religiosité – va subsister. Les destructions matérielles et humaines causées par ce conflit, avec la détérioration du tissu social sur fond de confessionnalisation de ce conflit, ne vont pas faciliter la tâche des FDS, seule force jusque-là non ethnico-confessionnelle.

Pour l’heure, dans l’attente d’une hypothétique solution politique, selon le dernier bilan établi par l’OSDH (Observatoire syrien des droits de l’Homme, proche des Frères musulmans) cette crise a déjà fait 331 765 morts dont 99 617 civils. Ces derniers ne constituent donc qu’un tiers des victimes de cette tragédie. Le reste, soit plus des deux tiers, 232 148 tués, sont des combattants, une boucherie humaine. Dans ce chiffre, les forces de Bachar (armée et milices) ont perdu 116 774 hommes dont 61 808 soldats, le Hezbollah 1 480. Quant aux djihadistes, Fatah al-Cham (branche syrienne d’Al-Qaïda) et Daesh, ils auraient perdu 58 000 combattants. Les FDS et les autres groupes islamistes ne se réclamant ni d’Al-Qaïda ni de Daesh, auraient perdu 57 000 combattants. Mais on ne sait toujours pas si le chef de Daesh, Abou Bakr al-Baghdadi, le djihadiste à la Rolex, figure dans ce bilan macabre.
Autre protagoniste de cette crise moyen-orientale, la Turquie, qui a commémoré dans la nuit de samedi-dimanche le premier anniversaire du putsch raté contre le Président Tayyip Erdogan, anniversaire auquel tout le pays était convié.
A Istanbul, sur le pont des « Martyrs du 15 juillet » enjambant le Bosphore, le Président turc est allé à la rencontre de plusieurs centaines de milliers de Turcs qui s’y trouvaient. Et là, avant la prière de la mort psalmodiée à minuit tapante par les imams des 81 régions du pays, le Président turc n’a pas pris de gants envers ses adversaires réels ou supposés : « Nous arracherons la tête de ces traîtres », a-t-il lancé. Aux purges ayant touché plus de 100 000 personnes – des militaires, des policiers, des magistrats, des journalistes et des fonctionnaires – et aux 50 000 personnes embastillées en attendant leur jugement, s’est ajoutée vendredi dernier la radiation par décret-loi de plus de 7 000 militaires, policiers et employés. Et ce n’est pas tout.

Six membres d’Amnesty International dont sa directrice pour la Turquie, Idil Eser, sont en prison depuis le 5 juillet sous l’accusation de crime commis « au nom d’une organisation terroriste sans en faire partie » ! En fait, comme l’a souligné Andrew Gardner, chercheur spécialiste de la Turquie à Amnesty, « défendre les droits de l’Homme est devenu un crime » au pays du sultan Erdogan. Et quant aux déboires de nos amis qataris, on y reviendra « inch’Allah » !

Bonnes vacances à toutes et à tous, et à bientôt.(1)


(1) Je serai de retour le 17 août.



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