Algérie, l’énigme Tebboune, Maroc, le roi, le Rif et les islamistes

vendredi 25 août 2017
par  Hassane Zerrouky
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L’éviction de Tebboune reste une énigme. Il « était dans une démarche de confrontation contrairement à ce que tout le monde souhaitait et à leur tête le président de la République », explique – c’est d’ailleurs la première explication venant d’un représentant d’un parti gouvernemental – Seddik Chihab, porte-parole du RND, et « qu’il n’avait pas les aptitudes pour cette responsabilité ». Mais alors, si c’était le cas, pourquoi l’avoir nommé à ce poste ? On n’en saura pas plus.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le remplacement au pied levé de Tebboune par Ahmed Ouyahia est passé comme une lettre à la poste. Sans remous. Et comme, si l’on en croit le sondage réalisé par RAJ (Mouvement Action Jeunesse), une majorité de jeunes se détournent des partis politiques ou s’intéressent très peu ou pas du tout à la chose politique, Ahmed Ouyahia peut tranquillement aborder la rentrée sans trop de crainte.

Ce sondage confirme cette réalité que les autorités feignent d’ignorer, celle d’une Algérie où, aux dernières élections, le nombre d’électeurs ayant voté blanc ou nul a été supérieur au nombre de suffrages exprimés en faveur des partis politiques. Celle d’une Algérie avec un taux de participation officiel de 34,37%. Celle d’une Algérie où le parti vainqueur, le FLN, a remporté 164 sièges de députés avec 1,6 million de voix, soit 7,2% de voix par rapport au total des inscrits. Faut-il s’en féliciter ? Certes non, mais manifestement, il y a matière à interrogation…

Au Maroc, Mohammed VI n’est guère mieux loti qu’Abdelaziz Bouteflika, sauf que le monarque parle, comme il l’a fait le 20 août à l’occasion du 64e anniversaire de la « Révolution du roi et du peuple » et de la « fête de la jeunesse ». Un discours consacré à la politique marocaine en Afrique et à la réaffirmation de la « marocanité » du Sahara occidental. Par contre, pas un mot sur la situation au Rif, théâtre d’une contestation qui dure depuis près de dix mois.

A cette occasion, Mohammed VI a gracié quelque 400 détenus. Parmi les heureux bénéficiaires du pardon royal, 13 islamistes condamnés pour faits de terrorisme ayant accepté le programme de la « mossalaha » (réconciliation). Gracier des gens impliqués dans des attentats terroristes moins de 48 heures après ce qui s’est passé à Barcelone est plus que de l’inconscience politique. En revanche, aucun détenu membre ou sympathisant du Hirak, le mouvement de contestation de la région du Rif, n’a bénéficié de la clémence royale. Pourtant, les prisonniers rifains – Zefzafi et ses amis – dont plus de 200 croupissent en prison, avaient appelé à s’abstenir de manifester les dimanche et lundi 20 et 21 août à l’occasion des fêtes citées plus haut. Un geste que sa majesté et le Makhzen ont superbement ignoré. Sans doute faudrait-il que les détenus rifains qui, eux, ne sont pas des terroristes, passent par la case du programme dit de la « mossalaha » !

Il n’empêche, le 20 août, venus de plusieurs villes françaises et européennes, plusieurs milliers de Marocains ont manifesté pacifiquement à Paris à l’appel du Hirak pour dénoncer la répression du Makhzen mais aussi pour exprimer leur solidarité avec les Catalans endeuillés par la tuerie de Barcelone, une solidarité dans la condamnation du terrorisme que les grands médias français se sont abstenus de montrer. Ce dimanche donc, place de la Bastille, où les emblèmes rifains et amazighs côtoyaient les emblèmes catalans, les manifestants ont procédé à la restitution symbolique d’un vélo aux Français ! Pourquoi un tel geste ? Réponse : « Le Maroc a été vendu par un sultan aux Français contre une bicyclette. Donc nous rendons le vélo aux Français pour qu’ils nous rendent notre pays », rapporte le site Rif on line. Qui a dit que les Rifains n’ont pas d’humour ?

Pour l’heure, loin des tumultes et autres bruits provoqués par ces perturbateurs du Hirak, le roi Mohammed VI passe tranquillement ses vacances dans le Rif, à Al-Hoceïma. Sur la plage de Tala-Youcef où, entre deux plongeons dans l’eau salée de la Méditerranée, sa majesté se livre à ses plaisirs favoris, le jet-ski et le ski nautique. Le tout, affirment perfidement des sites en ligne marocains, sous la protection de la garde royale. Un peu de bronzette, rien de tel pour se requinquer et affronter une rentrée qui risque de s’avérer chaude, d’autant que le procès de Zefzafi, la figure de proue rifaine, et de ses amis, est programmé pour cet automne.



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