Tunisie. Il y a deux ans Chokri Belaid était assassiné

samedi 7 février 2015
par  Paroles Citoyennes
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C’était il y a deux ans. Un 6 février 2013. Ce jour-là, Chokri Belaid, 48 ans, venait de sortir de chez lui dans ce quartier d’El Menzah à Tunis, secrétaire du Parti des patriotes démocrates (PPD, gauche marxiste), un des leaders en vue du Front populaire, a été assassiné de plusieurs balles. « Il s’apprêtait à monter en voiture quand deux individus, l’un portait un burnous et l’autre un manteau noir, lui ont tiré dessus. Puis ils sont partis dans une voiture noire qui a aussitôt démarré », raconte un témoin à l’Humanité du 7 février 2013.

Le meurtre était intervenu dans un moment particulier : Chokri Belaid était sur le point de rassembler toutes les forces de gauche, progressistes et démocratiques au sein d’un large front contre la menace que fait peser l’islamisme sur la Tunisie. Il avait même convaincu ses amis politiques au sein du Front populaire d’y inclure, outre les ex-communistes d’Al-Massar, Nida Tounes fondé un an plus tôt par l’ex-premier ministre Caid Essebci, aujourd’hui chef de l’Etat, sur lequel se focalisaient alors les critiques de Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahdha et de l’ex-président Moncef Marzouki. En 2013, en effet, la Tunisie était gouvernée par une coalition au pouvoir dominé par les islamistes d’Ennahdha. Laquelle s’était distinguée par une indulgence coupable face aux menaces ouvertes proférées alors par les islamistes. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Ali Laarayedh était allé jusqu’à démentir les informations des médias faisant état de constitution de maquis islamistes dans les monts Chaâmbi (ouest tunisien), affirmant qu’il s’agissait de…randonneurs !

La mort du militant de gauche avait alors changé complètement la donne et précipité les événements. Ses obsèques, suivis par des centaines de milliers de personnes, s’étaient transformés en un gigantesque rejet des islamistes. Conscient de la perte d’audience de son parti Ennahdha, ce dernier avait été contraint de faire marche arrière, de condamner l’assassinat et de prendre, tactiquement, ses distances avec leurs « frères » salafistes.

Une contre-enquête met en cause des hauts responsables tunisiens

Deux ans après, alors que la Tunisie a réussi à passer le cap des élections législatives et présidentielle, et ce, après avoir adopté une constitution écartant le risque d’un Etat islamique (l’Islam, religion d’Etat ne figure pas dans le texte constitutionnel), l’enquête sur l’assassinat de Chokri Belaid a peu progressé. Certes, en février 2014, les autorités tunisiennes avaient annoncé que l’assassin présumé du dirigeant de gauche, un certain Kamel Gadhgadhi, figuraient parmi sept terroristes abattus dans la banlieue de Tunis. Une thèse qui n’avait pas convaincu Basma Khalfaoui, veuve de Belaïd Chokri et avocate, pour qui Kamel Gadhgadhi n’était qu’un exécutant : « Il y a d’autres accusés. J’espère qu’ils ne vont pas être à leur tour tués » avait-elle alors déclaré. Et, au nom du collectif d’avocats chargé du dossier Belaïd Chiokri, maître Mokhtar Trifi, ex-président de la ligue tunisienne de la ligue des droits de l’Homme, avait alors estimé que « le rapport balistique a été caché et faussé ». Dans une contre-enquête, un document de 25 pages, s’appuyant sur de nouvelles données dont un rapport d’expertise balistique, ce collectif avait conclu en février 2014 à l’implication de sept hauts responsables du ministère de l’Intérieur tunisien, dont le directeur de la police judiciaire et le directeur général de la sécurité publique, dans les assassinats du dirigeant de gauche Chokri Belaïd (tué par balles le 6 février) et du député Mohamed Brahmi (tué le 25 juillet) de la même année. Des révélations restées sans suite.

Pire, en novembre dernier, un documentaire de la chaîne qatari al-Jazira, reposant sur le seul témoignage de Maher Zidi, présenté comme un journaliste d’investigation, alors qu’il s’agit d’un salafiste notoire proche du groupe radical Ansar chariâa, a tenté de disculper les islamistes et leurs commanditaires, en affirmant que Belaïd Chokri avait été victime d’un crime passionnel !

Deux ans après, le nouveau gouvernement de Habib Essid, qui a été investi mardi par le Parlement, relancera-t-il l’enquête sur la mort du dirigeant de gauche comme s’y était engagé l’actuel chef de l’Etat, Beji Caid Essebci, durant sa campagne pour l’élection présidentielle ?



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