L’Algérie est-elle islamique ?

Syrie, Irak, les cartes de nouveau rebattues
jeudi 26 octobre 2017
par  Hassane Zerrouky
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Commençons par une question qui dérange. L’Algérie est-elle un Etat islamique ? Elle ne l’est pas. Du moins pas encore.

Mais comme le souligne dans El Watan l’ex-dirigeant du FFS, Djamel Zenati, à propos de la « finance islamique », « à travers une stratégie d’envahissement des espaces par les mots, les signes et les rituels, les islamistes cherchent à peser sur les représentations sociales et gagner par là la guerre idéologique, premier pas vers la conquête du pouvoir ».

Effectivement, à coups d’interdits par-ci, de grignotage des espaces par-là, les islamistes finiront par instaurer un rapport social-religieux tel qu’il suffirait de modifier en douceur la Constitution pour instaurer cet Etat islamique qu’ils n’avaient pas réussi à imposer par la violence des armes.

Des exemples de cette stratégie d’occupation des espaces ?

Le 23 septembre, les responsables de la Faculté de droit d’Alger affichent une instruction interdisant aux étudiantes « les jupes et pantalons serrés » sous peine de sanctions !

Le 12 octobre, autre annonce, le port obligatoire du hidjab pour les étudiantes de la résidence universitaire filles de Batna ! La note stipule : « Des mesures disciplinaires seront appliquées pour toute étudiante qui s’adonne à de telles pratiques qui ne font pas d’elle une étudiante musulmane, censée préserver sa religion. »

Ailleurs, des enseignants font faire des prières collectives aux enfants en pleine classe, et ce, en plus des cours d’éducation islamique...!

Alors, question : on va où comme ça si n’importe qui, ayant dans sa tête une vision radicale de l’islam, s’amuse en invoquant la religion à promulguer en toute impunité sa petite loi, à décréter ce qui est licite et non licite et, partant, à instituer des îlots de république islamique ?

Jusqu’à quand l’Etat va-t-il tolérer de tels actes attentatoires aux libertés – le hidjab n’est pas une obligation constitutionnelle que je sache ? — Etat qui, par ailleurs, ne se fait pas prier quand il s’agit de donner un tour de vis supplémentaire à la liberté d’expression citoyenne : cafés littéraires interdits, exclusion d’intellectuels du Sila (Salon du livre), censure contre des journaux électroniques…

Intervenant dans un contexte de crise socio-financière inquiétant où, de surcroît, de plus en plus d’Algériens ont du mal à boucler leurs fins de mois, de tels faits, allant à contre-courant d’une nécessaire ouverture sociétale moderniste dont a besoin l’Algérie si elle veut faire sa place dans le monde, ne sont rien d’autre qu’une partie de cet iceberg qu’est l’entreprise de réislamisation réactionnaire et rétrograde de la société et des institutions – l’université est une institution de la république – conduite par des groupes formels ou informels islamistes.

Irak-Syrie, les cartes de nouveau rebattues ?

Cela n’a sans doute pas été mis en évidence mais la défaite de Daesh à Mossoul, puis à Raqa, c’est d’abord l’échec de la stratégie de soutien actif à l’islamisme comme alternative aux Etats en place.

En effet, à travers « le printemps arabe », qui, de mon point de vue, a été squatté par la mouvance islamiste et dévoyé de ses objectifs démocratiques, avant d’être instrumentalisé par l’Occident et ses alliés arabes et turc, s’est mise en place une vaste entreprise de dislocation des Etats qualifiés d’hostiles aux intérêts occidentaux et israéliens.

Cette stratégie a réussi en Libye mais pas en Syrie.

Trois faits au moins ont fait échouer cette stratégie.

D’abord le régime autoritaire syrien ne s’est pas effondré.

Ensuite, le monstre enfanté par l’invasion américaine de l’Irak en 2003, l’Etat islamique en Irak et au Levant (Cham), connu sous le nom de Daesh, a brouillé les cartes, d’abord en se territorialisant – il a créé un Etat à cheval sur l’Irak et la Syrie, ce qui n’était pas prévu – et surtout, en échappant à ses maîtres : car, ne soyons pas naïfs, sans le soutien actif des pays du Golfe avec l’aval de Washington, Daesh n’aurait été qu’un groupe salafiste parmi d’autres.

Enfin, l’intervention russe que personne n’attendait a changé la donne.

Liée à ce qui précède, la reprise de Kirkouk par le régime irakien a mis fin aux espoirs indépendantistes du Kurdistan irakien. Son président Massoud Barzani, qui avait pris le risque d’organiser le 25 septembre dernier un référendum sur l’indépendance du Kurdistan, soutenu par l’inévitable BHL, a échoué sur toute la ligne.

Kirkouk qu’il avait annexé au Kurdistan irakien le 12 juin 2014 en profitant de la débâcle de l’armée irakienne face à Daesh, est de nouveau sous contrôle de Baghdad. Or, le mieux aurait été de négocier le statut futur de cette région multi-ethnique – Arabes, Kurdes et Turcomans – mais Barzani qui préférait écouter ses amis français en avait décidé autrement. Aujourd’hui, Barzani, qui avait affirmé que 80 pays soutenaient la création du nouvel Etat kurde indépendant, est isolé.

Seul Israël, est-ce une surprise ? l’a soutenu.

Pour sortir de l’impasse, il a proposé le gel du référendum.

A suivre…



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