Éloge de la politique, d’Alain Badiou

samedi 30 septembre 2017
par  Paroles Citoyennes
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Petit livre pour grand programme : sortir du néolithique. Il faut dire qu’en la matière Badiou coupe clair et franc ; il n’est que deux voies, pas une de plus : le capitalisme ou le communisme — c’est là « le principe majeur de l’existence effective de la discussion politique ».

Cet ouvrage en forme d’entretien, conduit par la journaliste Aude Lancelin, condense une pensée politique déjà bien connue des lecteurs du philosophe marxiste et ancien militant maoïste de l’Organisation politique, fondée en 1985 : le communisme, en tant que mot, ne saurait être abandonné en dépit des échecs et des crimes passés (on ne livre pas à l’ennemi le bébé nonobstant l’eau plus ou moins croupie du bain, d’autant que les impasses soviétiques ne furent que les ratés, inévitables, d’une expérience à considérer sur le très long terme) ; le communisme, en tant que pensée-pratique, repose essentiellement sur quatre principes, comme autant de lignes directrices : ôter des mains de l’oligarchie l’appareil productif, en finir avec la division spécialisée du travail, vaincre les enfermements identitaires nationaux et faire disparaître l’État.

Afin de bâtir ce néo-communisme — le philosophe rejette, une fois de plus et d’une main bien trop hâtive, les propositions et réalisations anarchistes —, un vaste chantier s’impose, explique Alain Badiou : revitaliser le mot, donc (le communisme est « la plus ambitieuse » des entreprises humaines) ; critiquer l’expérience marxiste-léniniste et stalinienne à l’aune des paradigmes émancipateurs et non des attendus libéraux ; extraire du grand nombre des esprits « l’idée du primat subjectif de l’égoïsme » (l’homme loup pour son voisin, hanté par le profit et le désir de pouvoir) ; œuvrer à structurer une organisation révolutionnaire inédite, tout autant disjointe de la machine étatique et parlementaire que dos aux « coquetteries critiques stylées » de l’ultra-gauche ou du Comité invisible ; se lier au « prolétariat nomade » ; faire surgir une intellectualité critique, aujourd’hui inféodée au marché ou à l’ordre ; internationaliser les assauts puisque le Capital l’est déjà, mondialisé ; ne pas se fourvoyer dans les bras du suffrage universel ni croire à la « blague » de la menace Le Pen. Badiou, déplorant sa solitude, n’en annonce pas moins : « Nous sommes au tout début d’une très longue marche. » Parfois hors-sol, se dit-on au fil des pages.

Éditions Flammarion, 2017



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