Enquête au paradis de M. Allouache, les Houris et le wahhabisme

dimanche 21 janvier 2018
par  Hassane Zerrouky
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A ceux qui doutent encore de l’emprise croissante de l’idéologie wahhabite sur une partie de la jeunesse algérienne, allez voir le film de Merzak Allouache, Enquête au paradis. Le film interpelle, bouscule, et mérite une large diffusion en Algérie, notamment via la TV. Oscillant entre documentaire et fiction, avec les acteurs Salima Abada et Younès Sabeur Chérif – tous deux remarquables dans des rôles de journalistes – le film nous entraîne parmi ces jeunes Algériens anonymes, désœuvrés, produits de cette école algérienne qui ne leur a pas fourni les outils à même d’avoir un minimum de recul face à cette avalanche wahhabite leur faisant croire que 72 Houris (vierge éternelle) les attendent, et qu’ils pourront boire du vin (interdit sur la vie terrestre mais permis selon ces prêcheurs dans le paradis) s’ils acceptent le martyre.

Cette histoire de « Houris », on le savait, n’est pas nouvelle. Baqoun al Aâhd (les Fidèles du Serment), groupe islamiste qui avait semé la terreur dans Alger en 1996-1997 à coups de voitures piégées, promettait le paradis et les vierges éternelles aux « moudjahidine » – j’en parlais dans mon livre La Nébuleuse islamiste et dans divers articles parus à l’époque. Plus de dix ans après, comme si, à coups de voitures piégées rien ne s’était passé, ces prêches sur les Houris frisent la perversité sexuelle : on entend même un imam saoudien se livrant à un exposé détaillé, sexuellement parlant, de ce qui attend les bons croyants (les martyrs surtout) au paradis. Ceci expliquant cela, le fait que de moins en moins de jeunes, surtout en Algérie, soient attirés par le djihad, a certainement poussé les idéologues du salafo-wahhabisme à jouer sur le registre de la frustration sexuelle, bien réelle, des jeunes Algériens, pour les embrigader.

Quant aux femmes croyantes, elles n’existent pas. Les prêcheurs wahhabites, qui savent tout puisqu’ils décrivent le paradis par le menu détail comme s’ils y étaient déjà allés, ne nous disent pas ce qu’elles deviendront.

De ce documentaire-fiction de Merzak Allouache, je retiens le propos de cette écrivaine pour qui dix ans de crimes innommables auraient dû vacciner la société contre l’idéologie salafo- wahhabite.

Eh bien non, la loi sur la réconciliation nationale aidant, il est interdit d’évoquer les auteurs ou responsables de ces crimes de masse. Exit l’indispensable travail mémoriel. Et c’est ainsi que l’amnésie s’est installée, permettant aux islamistes de s’engouffrer dans la brèche, d’occuper l’espace social et de reprendre leur travail au corps de la jeunesse, d’une jeunesse tombée sous le « charme » des Chamseddine, Hammadache, Mohamed Ali Ferkous et compagnie qui, tous à des degrés divers, ont bien des choses à se reprocher par rapport à la décennie noire.

Et à propos de Mohamed Ali Ferkous, il vient d’être intronisé le 8 janvier dernier de la manière la plus officielle, ainsi qu’Abdelmadjid Djemaâ et Lazhar Snigra, tous trois représentants de la salafia en Algérie par le Saoudien Rabi Bin Hadi al Madkhali, l’homme qui a commis une fatwa interdisant aux femmes de conduire des voitures.

Si avec ça on nous dit que le « hizb (parti) saoudi » n’existe pas et qu’à travers al-Madkhali, l’Arabie Saoudite ne s’ingère pas dans les affaires internes de l’Algérie... Et à propos de ce prédicateur saoudien et de la doctrine à laquelle est rattaché son nom, le « madkhalisme », voici ce que j’écrivais dans une chronique parue le 9 novembre dernier : « Pour en revenir au salafo-wahhabisme algérien, notamment dans sa version « madkhaliste », doctrine qui se réfère aux écrits du Saoudien Rabi Bin Hadi al-Madkhali, le danger qu’il se territorialise à partir des espaces concédés par les pouvoirs publics est réel. En Libye, dans la région de Tripoli, les milices islamistes se réclamant de cette doctrine ont pignon sur rue. Elles reçoivent aide financière et militaire en provenance des pays du Golfe. Elles tiennent en otage le gouvernement de Sarraj et rien ne peut se faire, à tout le moins, sans leur aval.

Et en Syrie, durant le siège d’Alep, la plupart des milices islamistes combattant les forces du régime de Bachar, regroupées au sein du Front du Levant, se revendiquaient du courant salafiste madkhaliste.

C’est dire… » En Algérie, malgré les excuses d’Ahmed Ouyahia à Riyadh à propos du « tifo » des supporters de Aïn-M’Lila, le salafisme dans sa version wahhabite-madkhaliste, est en train de s’enraciner : même la Kabylie, où les Saoudiens ont distribué une version du Coran en tamazight, est dans leur ligne de mire. Ce qui prouve que ni la langue ni l’ethnie ne constituent des barrières pour l’idéologie salafo-wahhabite.

C’est déjà le cas dans le Caucase, en Asie centrale, aux Philippines, au Pakistan, en Inde, en Indonésie, en Bosnie, où dollars aidant, il gagne du terrain.

Pourquoi pas alors chez nous… ?



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