Nouvelles protestations en Tunisie : 200 arrestations, des policiers blessés

mercredi 10 janvier

Quelque 200 personnes ont été arrêtés et des dizaines de policiers blessés lors d’une nouvelle nuit de troubles dans plusieurs villes de Tunisie, alimentés par une grogne sociale persistante et des mesures d’austérité.

Après une journée calme mercredi dans ce pays, point de départ du Printemps arabe, des manifestants sont à nouveau descendus dans la soirée dans les rues de Tebourba, à 30 km à l’ouest de la capitale Tunis, selon des habitants.

Sept ans après une révolution qui réclamait travail et dignité et qui avait fait tomber le dictateur Zine al-Abidine Ben Ali, des manifestations pacifiques sporadiques ont éclaté la semaine dernière en Tunisie contre la hausse des prix et un budget d’austérité entré en vigueur le 1er janvier, prévoyant entre autres des augmentations d’impôts.

La contestation a dégénéré en émeutes lundi soir, notamment à Tunis et à Tebourba où des heurts ont éclaté après la mort d’un homme durant une manifestation.

Lors d’une visite mercredi à el-Battan, près de Tebourba, le Premier ministre tunisien Youssef Chahed a condamné les actes de "vandalisme" qui selon lui "servent les intérêts des réseaux de corruption pour affaiblir l’Etat". Il a pointé du doigt le Front populaire, un parti de gauche opposé au budget.

Dans la nuit de mardi à mercredi, 49 policiers ont été blessés, 206 personnes arrêtées et des fourrières ont été attaquées lors des troubles, a indiqué le porte-parole du ministère de l’Intérieur Khlifa Chibani en accusant des casseurs d’avoir été payés par des meneurs politiques.

Aucun bilan d’éventuels blessés parmi les protestataires n’a pu être obtenu auprès des autorités.

A Sidi Bouzid, ville défavorisée du centre d’où était partie en décembre 2010 la contestation sociale marquant le début du Printemps arabe, des jeunes ont coupé des routes, jeté des pierres et la police a répliqué à coups de gaz lacrymogènes, selon un correspondant de l’AFP sur place.

Des incidents ont également eu lieu à Kasserine (centre), Gafsa (sud), Jedaida (nord) et dans plusieurs quartiers populaires de Tunis.

Plus rien à perdre

"Il y a des actes de pillage et de vol, mais aussi un message politique de la part d’un pan de la population qui n’a plus rien à perdre", estime le politologue Selim Kharrat, soulignant que nombre de symboles de l’Etat ont été pris pour cible.

L’armée a été déployée autour de banques, bureaux de postes et autres bâtiments gouvernementaux sensibles dans les principales villes du pays, selon le ministère de la Défense.

Pour la politologue Olfa Lamloum, "la nouvelle loi de finances est la goutte d’eau qui fait déborder le vase".

"Les jeunes sont déçus par rapport à la révolution, surtout à cause de la cherté de la vie", dit-elle, soulignant "l’approfondissement des inégalités sociales mis en évidence par les statistiques officielles" — hausse du taux de pauvreté, du chômage et de l’illettrisme chez les jeunes notamment.

Les protestations nocturnes ont été émaillées de violences. Un supermarché de la banlieue sud de Tunis a été pillé par des jeunes qui ont volé argent et marchandises, selon Mohamed Baccouche, directeur adjoint d’exploitation du groupe français de distribution Carrefour.

A Tebourba, des heurts ont éclaté mardi après l’enterrement de l’homme décédé la nuit précédente, les manifestants accusant la police de l’avoir tué, ce que dément le ministère de l’Intérieur.

Le ministre de la Santé, Imed Hammami, a assuré que le résultat de l’autopsie serait publié jeudi.

Si la Tunisie, unique pays rescapé du Printemps arabe, est parvenue jusque-là à faire avancer sa transition démocratique, elle reste engluée dans la morosité économique et sociale.

Hausse des prix

Après plusieurs années de marasme économique et d’embauches massives dans la fonction publique, la Tunisie est confrontée à d’importantes difficultés financières. L’inflation a dépassé les 6% fin 2017 tandis que dette et déficit commercial atteignent des niveaux inquiétants.

Tunis a obtenu en 2016 une nouvelle ligne de crédits du Fonds monétaire international (FMI), d’un montant de 2,4 milliards d’euros sur quatre ans, en échange d’un programme visant à réduire les déficits.

Les militants de la campagne "Fech Nestannew" (Qu’est-ce qu’on attend, ndlr) lancée en début d’année contre les hausses de prix, ont appelé à manifester massivement vendredi.

Ils réclament une révision de la loi de finances, qui a augmenté la TVA et crée différentes autres taxes, ainsi qu’une meilleure couverture sociale pour les familles en difficulté et une lutte plus efficace contre la corruption.

Dans un communiqué, la centrale syndicale UGTT a appelé à un rassemblement dimanche devant son siège à Tunis pour la commémoration du 7e anniversaire de la révolution de 2011.



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