Daech : qui est l’émir de l’État islamique ?

lundi 28 septembre 2020
par  Mourad Kamel

Près d’un an après la nomination du nouveau chef de l’organisation terroriste, les informations sur son identité et son parcours restent rares.

Près d’un an après la mort du chef de l’État islamique, Aboubakr al-Baghdadi en octobre 2019 à Idlib, Syrie, de nouveaux détails ont filtré sur l’identité de son successeur méconnu, le dénommé Amir Muhammad Said al-Mawla, également connu sous le nom de guerre Abu Omar al-Turkmani, « le Turkmène ».

Il est né en 1976 dans le village d’Al Mahalabiya, une enclave où vit une importante population d’origine turkmène, près de Mossoul. « Mossoul est une ville symbolique, très conservatrice, et une des premières à s’insurger contre la présence américaine après 2003. Sans oublier que de nombreux cadres de l’État islamique (EI) en sont originaires », rappelle Myriam Benraad, politologue et spécialiste du monde arabe.

Ascendance quraychie

Son origine turkmène a pu susciter des doutes sur son ascendance quraychie. En principe, le calife doit appartenir à la tribu arabe du Prophète Mohammed, les Quraych. Signe que la question n’est pas dérisoire, l’institut de recherche américain Center for Global Policy indique d’ailleurs que l’EI insiste en interne sur la légitimité familiale du nouveau chef du « califat ».

Mawla a également reçu une formation religieuse qui lui a valu le surnom de « professeur ». Il a obtenu une licence en études islamiques de l’université de Mossoul, tout comme son prédécesseur Aboubakr al-Baghdadi qui, lui, avait eu son diplôme à l’université de Baghdad.

« Il y a de moins en moins de représentants de cette génération de jihadistes [ceux issus d’Al-Qaïda en Irak, qui deviendra l’État islamique en Irak en 2006]. Au niveau du commandement, on voit d’ailleurs que les responsables sont irakiens, qui sont perçus comme les plus légitimes, notamment du fait de leur son ancienneté », explique Myriam Benraad.

ORGANISATION QUI SE VEUT TRANSNATIONALE, L’ÉTAT ISLAMIQUE SEMBLE SE RESSERRER AUTOUR DE SON « IRAKITÉ » ORIGINELLE

Organisation qui se veut transnationale, l’État islamique semble donc se resserrer autour de son « irakité » originelle, après plusieurs années difficiles pendant lesquelles l’EI a perdu les territoires qu’il contrôlait et la mort d’Aboubakr al-Baghdadi en octobre 2019.

Quand les Américains renversent le régime de Saddam Hussein en 2003, Al Mawla se retrouve comme des milliers d’autres sunnites irakiens marginalisé par la nouvelle administration mise en place par les États-Unis, et qui fait la part belle aux chiites.

Les États-Unis ont doublé en juin la prime promise à quiconque fournira des informations permettant sa capture, la portant à 10 millions de dollars.
© DRaech

Victime de la « débaathification » du système

Il est notamment victime de la « débaathification » du système — la purge au sein des institutions irakiennes visant les membres du parti de Saddam Hussein, le Baath et qui s’est traduite par le limogeage de nombreux fonctionnaires sunnites.

L’armée irakienne est elle-même démobilisée sur décision Paul Bremer, l’administrateur américain de la coalition en Irak entre 2003 et 2004. Il n’est visiblement qu’un simple soldat au sein de l’armée, où il rencontre en revanche les futurs cadres de l’organisation terroriste comme Abou Ali Al Anbari, le n°2 de l’EI tué en 2016.

EN 2003, IL AURAIT PRIS LES ARMES POUR REJOINDRE L’INSURRECTION ANTI-AMÉRICAINE

En 2003, alors qu’Al-Qaïda en Irak n’existe pas encore formellement, il aurait pris les armes pour rejoindre l’insurrection anti-américaine. « C’est à partir de 2004 qu’une tendance islamo-nationaliste, sunnites et chiites confondus, commence à prendre forme. Mais lorsque Zarqawi [le fondateur d’Al-Qaïda en Irak] décide de commencer à viser la population chiite, une division se crée au sein de l’insurrection », précise Myriam Benraad, auteur de Jihad : des origines religieuses à l’idéologie (Éditions du Cavalier Bleu, 2018)

Dissidence sunnite

En 2007, il se retrouve au sein de cette dissidence sunnite qui a pris le label Al-Qaïda en Irak, où il retrouve des leaders du mouvement croisés pendant ses années au sein de l’armée irakienne. Le Center for Global Policy indique également qu’Al-Mawla occupe essentiellement des fonctions juridiques au sein de l’organisation terroriste, jusqu’à sa capture et sa détention au Camp Bucca, une prison américaine, en 2008, où il rencontre Aboubakr al-Baghdadi.

Al Mawla aurait été libéré un an plus tard après avoir nié faire partie d’Al-Qaïda. D’après trois rapports d’interrogatoire publiés par le Centre américain de lutte contre le terrorisme (CTC), il aurait fourni les noms de 68 combattants d’Al-Qaïda, dont 19 à partir de photographies.

AU SEIN DE L’ÉTAT ISLAMIQUE, IL AURAIT ÉTÉ LE « CERVEAU » DU NETTOYAGE ETHNIQUE SUBI PAR LES POPULATIONSZIDIES

Ces documents suggèrent qu’Amir Muhammad Said al-Mawla a également livré des informations après son arrestation en 2008 sur la structure de l’État islamique à Mossoul, et sur la production d’engins explosifs améliorés. Au sein de l’État islamique, après 2012, il aurait notamment été le « cerveau » du nettoyage ethnique subi par les populations yézidies.

L’émir de l’État islamique se trouverait actuellement en Syrie. Les États-Unis ont doublé en juin la prime promise à quiconque fournira des informations permettant sa capture, la portant à 10 millions de dollars.



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