Tunisie : Comme toujours, on racle les poches des pauvres pour préserver le standing des riches

jeudi 22 octobre 2020
par  Sofiene Ben Hamida

Comme beaucoup de Tunisiens, je ne connais pas grand-chose à l’économie. Je la subis. Ce que je sais par contre, par expérience, c’est que les économistes sont des pessimistes par nature, qu’ils utilisent beaucoup de mots savants pour enrober une idée simple qui consiste à dire que la situation économique est toujours difficile, sinon catastrophique et que pour sauver l’économie, il faut trouver les moyens de racler les poches des franges populaires pour préserver le standing des franges aisées.

Le projet de loi de finances 2021 ne fait malheureusement que renforcer cette idée qui hante mon esprit depuis des années déjà.

Qu’ils s’appellent Mechichi, Fakhfakh, Chahed, Essid, Jomaâ, Laârayedh ou Jebali, les chefs de gouvernement successifs ont toujours usé des mêmes recettes immuables pour confectionner leurs budgets : prendre plus aux fonctionnaires, aux bons citoyens et à ceux qui n’ont presque rien, ménager ceux qui en ont et faire des discours grandiloquents sur l’égalité des chances, le bien-être pour tous et les lendemains meilleurs. Depuis dix ans, la recette n’a pas changé alors que les résultats sont édifiants : un gouffre budgétaire et une fracture sociale qui s’élargissent d’année en année.

En fait, il n’y a là aucune surprise, parce qu’ils appartiennent tous à un même système. Pire, ils adhèrent tous à un système hérité du temps du régime de Ben Ali et dans lequel ils ont trouvé leur compte. Un système qui a fait qu’il existe une Tunisie à l’est, le long des côtes, et une autre Tunisie oubliée. Un système qui fait qu’il existe des Tunisiens qui ont tous les moyens alors que la majorité des Tunisiens peine à assurer les moyens de sa subsistance. Un système qui fait qu’une poignée de familles, de groupes ou de lobbys contrôle l’économie tunisienne, décide de la politique du pays et impose ses choix à tous. Les tiraillements et les querelles actuels entres technocrates, islamistes, destouriens et révolutionnaires autoproclamés concernent uniquement le pouvoir politique. Sur le plan économique et social, il n’y a pas de quoi se chamailler.

Pour revenir au projet de loi de finances 2021, moi qui m’y connais peu en économie, je sais que pour payer mes impôts je vais à un bureau de recette des finances. Je sais aussi que pour payer la vignette de ma voiture, je m’adresse au même bureau de recette des finances. Je ne m’explique donc pas pourquoi je dois présenter mon quitus du fisc pour payer la vignette de ma voiture alors qu’il suffit pour l’agent des finances de cliquer sur son clavier pour vérifier ma situation réelle avec l’impôt. A moins que le gouvernement Mechichi, comme les gouvernements précédents, considère toujours que le citoyen est toujours suspect et qu’il lui revient de présenter sans cesse les preuves de son innocence. A moins aussi que le gouvernement veuille faire semblant de prendre des décisions d’envergure par une mesure inefficace, qui n’a aucune envergure.

Les augmentations de certaines taxes et la baisse d’autres dans le projet de loi de finances 2021 sont surprenants de leur côté. On se demande pourquoi augmenter la taxe sur le carburant, augmentation qui rend caduque la décision de suivre le cours du pétrole pour déterminer son prix au public. On s’interroge aussi pourquoi toucher au prix du sucre, produit de base pour une large frange de Tunisiens, surtout parmi les plus démunis. On ne s’explique pas aussi l’augmentation des prix des boissons alcoolisées pour la troisième fois depuis deux ans comme si on voulait priver des centaines de milliers de Tunisiens de leurs bières ou de leurs bouteilles de vin, compagnons nécessaires pour surmonter la laideur de leur quotidien.

On aurait compris que la situation des finances publiques est tellement catastrophique qu’il a fallu racler les fonds des poches des Tunisiens. Mais dans ce cas, pourquoi baiser les taxes surs les quads, les yachts et les bateaux de plaisance ? L’argument avancé, en rapport avec l’encouragement du tourisme est peu convaincant. En effet, il aurait fallu dans ce cas ne pas augmenter les prix des boissons alcoolisées car les touristes durant leur séjour, consomment nos vins et apprécient notre bière nationale. En fait, cette baisse sur les taxes des yachts, des quads et autres moyens de divertissement est destinée aux Tunisiens nantis. Une sorte de cadeau annuel présenté par l’Etat à une poignée influente, capable d’imposer son diktat à l’Etat.



Nous aimons !

« Les Siestes du grand-père »


Chibanis


Hercules 1959