ET LE DANGER GRANDIT

mardi 6 avril 2021
par  Maïté Pinero et Luc Muller.

La candidature du PCF est nécessaire pour refonder la gauche et empêcher un duel Macron-Le Pen au second tour. Y aurait-il « danger néo-fasciste » si les couches populaires, majorité sociale, n’étaient pas devenues minorité électorale ? Elles ne votent pas RN mais ne croient plus à cette gauche qui les a abandonnées et ne présente aucun projet politique, résultat de son renoncement accentué par l’effacement du PCF. Chez les jeunes aussi, en manque de radicalité, l‘abstentionnisme est le premier parti politique. En 1981, le vote Marchais venait en tête des intentions de vote chez le 18-24 ans.

L’hypothèse d’un duel Macron-Le Pen devient l’argument suprême pour mettre sur le pavois présidentiel, dès le premier tour, un homme ou une femme providentiel. On mise sur la peur du « danger néo-fasciste » pour nous tétaniser. Au contraire, réfléchissons et discutons.

Quel serait le fondement d’un pacte du premier tour, alors que la condition sine qua non en est l’effacement du seul PCF ? On s’exclurait du débat alors que l’on nous efface déjà tout le temps ?

En coulisses, le PCF serait chargé de mener une héroïque campagne « pour l’exemple » pendant que les autres se disputeraient les feux de la rampe.

Un Mitterrand nous a durement signifié que le pouvoir personnel, porté à un niveau olympien par Macron, se contrefiche des engagements. Encore une louche ?

LE VOTE CENSITAIRE CONTRE LE SUFFRAGE UNIVERSEL.

Le PCF devrait travailler à un rassemblement électoral derrière un accord bas de gamme, de réformes en solde. Comment ose-t-on demander aux communistes de mettre le peuple en remorque ?

Allons-nous faire reluire une de ces effigies de gauche qui, comme Hollande, n’aura peut-être rien de plus pressé que de courir, à Londres, rassurer la City ? En janvier 2012, la finance était son ennemie. Un mois plus tard, le 13 février, il déclarait au Guardian puis au Financial Times : « Il n’y a plus de communistes en France » et précisait : « La gauche a été au gouvernement pendant 15 ans, au cours desquels nous avons libéralisé l’économie, ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n’y a rien à craindre ».

Ceux qui nous pressent d’endiguer un danger néo-fasciste ne voient-ils pas que déjà toutes les digues sont prises d’assaut ?

Depuis la création du Front National par François Mitterrand, le peuple pris au piège, élit un président de droite ou de gauche, qui met toujours plus l’Etat au service du capital et de la finance. La gauche a besoin du parti révolutionnaire pour enrayer cette mécanique de la collaboration de classe qui fait le lit du néofascisme.

Il n’y aurait pas de danger néo-fasciste si un vote censitaire n’avait pas été installé. L’abstention des couches populaire est le premier parti politique.
A Paris, le vote suit la courbe du prix du m2. Il culmine à des niveaux records dans les quartiers les plus huppés (V, VI, VII) et atteint les plus bas dans les quartiers populaires (18 e, 19 e, 20e).

Qui va arracher le masque de cette démocratie vérolée et menteuse, au seul service de l’argent, qui fait même ventre d’une pandémie pour gonfler le Cac 40 ? Qui va soulever l’émotion et l’indignation, des ferments aussi pour l’union et l’action ? Le peuple entier doit s’emparer du premier rôle afin que la gauche rassemble ses voix, au second tour, pour un changement véritable, inscrit en même temps dans les accords avant les législatives.
L’expression propre du parti communiste est d’autant plus nécessaire que le danger s’est incrusté dans les lois et les institutions, pervertissant les débats, éructant sur les plateaux médiatiques, poussant ses tentacules partout. Tous les gouvernements ont appliqué le programme de Denis Kessler, ex vice-président du Medef. En 2007, il déclarait : « Il s’agit de sortir de 1945, de défaire méthodiquement le programme du CNR » (Challenges).

UNE FORME DE DICTATURE NEO-LIBERALE

Réforme après l’autre, code du travail, fonction publique, retraites, Sécurité sociale, paritarisme, sécurité globale, séparatismes, assurance chômage, tous les gouvernements ont tissé la même toile d’araignée. Insidieusement, on nous enferme dans une forme de dictature néo libérale.

Que fait la gauche, unie et rassemblée, pour lutter contre les institutions de la Ve dont le fonctionnement pervertit la démocratie ? Face à un président qui décide seul, contre l’avis même du Conseil scientifique, qui traite le parlement en chambre d’enregistrement ?

L’ascenseur social est en panne. La pandémie aggrave toutes les inégalités et ronge le pacte social. L’attaque se porte maintenant sur le socle des valeurs laïques et républicaines.

Sous prétexte de lutter contre l’islam politique on nous enferre dans des débats piégés, le voile, le séparatisme, pour attaquer la loi de 1905. Une guerre de religion pour régler la lutte des classes ?

Que signifie cette hystérie collective contre l’UNEF au moment où les étudiants, morts de honte en plus, font la queue dans les distributions de vivre ? Que dit la gauche, unie et rassemblée ? Jamais aucune expression d’une seule voix, quelle que soit l’alerte.

QUAND LE TOCSIN S’ELEVE.

Il a fallu cinq ans pour que cessent les poursuites contre le passeur solidaire, Cédric Herrou. Onze gardes à vue ! Cinq perquisitions ! Cinq procès !

Chaque semaine, plusieurs syndicalistes sont traduits en justice, une guerre de classe de basse intensité pour intimider, liquider les droits syndicaux.

Au pays du « quatrième pouvoir », les journalistes de Canal Plus, manifestent masqués contre les licenciements, révèlent le climat de peur dans cet empire Bolloré (médias, télécom, transport, énergie, plastique) dont la trajectoire en Afrique est une trace baveuse de corruption et de scandales.

Où sont les actes de la gauche, unie et rassemblée, pour défendre le socle des lois républicaines ? Certains de ses eurodéputés votent au Parlement européen une motion anticommuniste.

Chaque matin, à Calais, c’est chasse à courre et traque des hommes. Les bennes ramassent tentes, sacs de plastique avec quelques photos, les trésors de ceux qui n’ont rien, un rien encore de trop.

Chaque année, 500 personnes meurent dans la rue. Il y a 150 ans, La Commune avait décidé de loger tous les sans-logis.

En Afrique, en Amérique Latine, on regarde, avec consternation, sombrer la France des Lumières.
Que dit au monde la gauche française, unie et rassemblée, alors que notre président refuse la levée des droits de propriété intellectuelle sur les vaccins ?
Les centres de rétention, se banalisent, l’Europe devient forteresse, la Méditerranée un cimetière. 80 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, vivent dans des camps, une composante majeure de la société mondiale. Que dit la gauche française, unie et rassemblée ? Que dit-elle, d’une seule voix, pour la reconnaissance de La Palestine et contre le blocus de Cuba ?

Quand le tocsin s’élève, c’est de l’étranger, dans un appel des intellectuels, « La France, berceau des droits humains tels que promulgués en 1789, serait-elle en train de rejoindre le camp des pays où la démocratie est fragilisée par le pouvoir par lui-même ? »

C’est afin d’élaborer un programme qui permettra à la gauche de retrouver ses valeurs, son honneur et son âme, que l’on est soudain pressé de nous voir ? Il suffira que Fabien Roussel parle pôle public du médicament, interdiction de licenciements boursiers, développement des services publics, lutte contre l’évasion fiscale, pour que la plupart partent en courant.

L’effacement du parti révolutionnaire tire toute la gauche vers le bas, efface le clivage droite-gauche. Cette absence de radicalité fait des ravages dans la jeunesse. En 1981, pourtant, le PCF venait en tête des intentions de vote des 18-24 ans. Le dernier sondage IPSOS (le Monde. 4 avril) révèle que dans la frange active, celle des petits boulots et du chômage (24-34 ans) les intentions de vote Le Pen ont bondi de 23 à 29%. « Ils sont à la recherche d’autre chose, de radicalités plus fortes » commente un responsable d’Ipsos.

Quelle radicalité propose la gauche ?
Pendant qu’elle sombre dans les calculs politiciens, le peuple résiste et se bat.

LA POSSIBILITE DU RASSEMBLEMENT.

La possibilité du rassemblement existe dans les luttes, au pied à pied, de la classe ouvrière : Dans ce mouvement social qui a arpenté le pavé contre la réforme des retraites, la loi El Khomri, celle sur les libertés globales ; Dans la révolte du mouvement féministe qui ne va pas attendre le grand soir pour imposer l’égalité de droits de la seconde moitié de l’humanité ; Dans la rébellion des gilets jaunes, si l’on ne se contente pas de le regarder passer en scrutant ses insuffisances ; Dans l’engagement écologiste et citoyen des jeunes, en défense de la terre ; Dans les centaines d’associations qui défendent les sans-papiers et les militants qui sauvent en mer ; Dans le sacrifice et la colère des soignants, grâce à qui l’hôpital tient et tiendra jusqu’au bout de l‘épuisement ; Dans ces personnels de l’éducation, livrés à eux-mêmes, et qui se débrouillent quand même ; Dans les théâtres occupés.
La possibilité du rassemblement existe dans le courage et la dignité ouvrière, celle de tous les derniers de cordée, caissières et livreurs de supermarchés, auxiliaires de vie, hommes d’entretien et femmes de ménage qui, comme les migrants de ma rue, se lèvent à 5 h chaque matin pour emprunter des métros bondés, rentrent le soir s’empiler dans un hangar ; Dans cette femme, qui s’excuse de n’avoir qu’un euro à donner à la collecte de solidarité, qui tient à donner quand même. Il est dans ce pied de nez au malheur de Cédric Herrou : « Que la vie reste festive car nous défendons la vie, et la vie sans rire ne vaut pas d’être vécue ».

La candidature communiste, de témoignage, de proposition, de rassemblement, en appellera aux consciences, au bouillonnement de l’intelligence collective, et aux actes citoyens. Nous n’avons pas toutes les réponses ? Quand le peuple s’en mêle, ce n’est pas seulement pour gober des solutions, il formule aussi lui-même les questions.

Pour nous, militants, la candidature communiste signifie : Debout camarades !



Nous aimons !

« Les Siestes du grand-père »


Chibanis


Hercules 1959