Ventes d’armes : les États-Unis restent le premier fournisseur mondial alors que les dépenses au Moyen-Orient explosent

lundi 12 avril 2021
par  Azad Essa

La part des exportations d’armes américaines est passée de 32 % à 37 % au cours des cinq dernières années, tandis que les importations du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ont augmenté de 25 %, selon un rapport du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute)

Selon le dernier rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les États-Unis restent le premier exportateur mondial d’armes majeures, tandis que les importations des pays du Moyen-Orient atteignent un niveau record.

D’après le rapport consacré aux tendances en matière de transferts internationaux d’armes, publié fin mars, si les ventes d’armes dans le monde se sont stabilisées au cours de la période 2016-2020, les importations du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ont augmenté de 25 %.

Environ 47 % des exportations d’armes américaines entre 2016 et 2020 étaient destinées au Moyen-Orient, indique le SIPRI – soit une augmentation de 28 % par rapport aux cinq années précédentes.

Gardez le contact !

Une hausse considérable des exportations d’armes américaines vers Israël (+335 %), le Qatar (+208 %) et l’Arabie saoudite (+175 %) a notamment été observée.

D’après les conclusions du rapport, non seulement les États-Unis sont le plus grand exportateur d’armes majeures – une position que le pays occupe depuis la fin de la guerre froide –, mais la part mondiale de leurs exportations d’armes est également passée de 32 % à 37 % au cours des cinq dernières années.

En revanche, les exportations d’armes russes ont diminué de 22 % au cours des cinq dernières années, creusant ainsi l’écart entre deux des plus grands exportateurs d’armes au monde.

Établi en Suède, le SIPRI publie tous les cinq ans des données sur les transferts d’armes, « afin de donner une mesure plus stable des tendances compte tenu des fluctuations importantes des transferts internationaux d’une année sur l’autre ».

D’après son nouveau rapport, les pays qui ont connu la plus grande variation en pourcentage des importations par rapport aux cinq années précédentes sont le Qatar (+361 %), l’Égypte (+136 %) et l’Arabie saoudite (+61 %). D’autres, comme l’Algérie, ont vu leurs importations augmenter de 64 %, tandis que celles du Maroc et des Émirats arabes unis ont diminué respectivement de 60 % et 37 %.

Malgré cela, les Émirats restent le neuvième importateur mondial d’armes, dont la majorité provient des États-Unis, de France et de Russie.

Les États-Unis, fournisseurs de 96 pays

Certaines parties du Moyen-Orient restent en proie à une instabilité permanente depuis des décennies et les armes et subventions venues des États-Unis et d’autres pays du Nord ont été utilisées par divers gouvernements autoritaires et groupes armés dans la région.

Durant le blocus de 43 mois imposé par l’Arabie saoudite au Qatar en 2017, les exportations d’armes majeures américaines vers les deux camps ont considérablement augmenté, ce qui a encore accru les tensions dans la région.

« L’augmentation des importations d’armes par plusieurs États du Moyen-Orient s’est produite dans un contexte de relations tendues entre plusieurs États de la région du Golfe et de la Méditerranée orientale », nous indique Alexandra Kuimova, chercheuse au SIPRI.

« De nombreux États de la région cherchent à jouer un rôle majeur au Moyen-Orient et les armes représentent pour eux un outil clé dans la poursuite de cet objectif », affirme Alexandra Kuimova.

Entre 2016 et 2020, les États-Unis ont fourni des armes majeures à 96 États, soit bien plus que tout autre pays. Selon le rapport, l’Arabie saoudite représente 24 % de toutes les ventes d’armes américaines.

Alexandra Kuimova souligne qu’une augmentation particulièrement importante des exportations d’armes américaines vers plusieurs États a été observée au cours des cinq dernières années.

« Dans la période 2016-2020, les exportations totales d’armes américaines étaient supérieures de 85 % à celles de la Russie – le deuxième plus grand exportateur –, contre 24 % dans la période 2011-2015. »

Selon le SIPRI, 65 États dans le monde ont exporté des armes majeures au cours des cinq dernières années et les cinq plus grands fournisseurs – les États-Unis, la Russie, la France, l’Allemagne et la Chine – représentent 76 % des exportations d’armes.

Les pays d’Amérique du Nord et d’Europe rassemblent 86 % des exportations d’armes.

Les exportations françaises ont augmenté de 44 %, la majorité de ces armes étant importées par l’Inde, l’Égypte et le Qatar.

Azadeh Shahshahani, directeur juridique et de plaidoyer de Project South, a qualifié ces conclusions de « déplorables ».

« Le gouvernement américain, en particulier, est prêt à fermer les yeux sur les atrocités commises par les gouvernements tant qu’ils sont des importateurs fiables de machines de guerre de fabrication américaine.

« Au lieu de soutenir la paix, les pays du Nord perpétuent la tradition militaire coloniale. Cela explique également l’absence de mesures concrètes contre les violations systématiques des droits de l’homme dans des pays comme l’Arabie saoudite et l’Égypte », déplore Azadeh Shahshahani.

L’Arabie saoudite, le plus grand marché en matière d’armement

Le dernier rapport du SIPRI précise également que les principales entreprises de production d’armes et de services à caractère militaire sont encore très majoritairement issues des pays du Nord, en particulier des États-Unis, où sont établies les cinq premières entreprises.

La société d’armement publique émiratie EDGE a fait son entrée dans le top 25 des entreprises productrices d’armes établi par le SIPRI, avec 1,3 % des ventes mondiales d’armes.

EDGE équipe les forces armées émiraties et développe des drones, des véhicules sans pilote, des armes intelligentes et des équipements militaires électriques.

« EDGE illustre bien comment la combinaison d’une forte demande nationale en produits et services militaires et d’un désir de réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers engendre le développement d’entreprises d’armement au Moyen-Orient », indique Pieter Wezeman, chercheur principal du programme consacré aux dépenses en armement et militaires du SIPRI.

En février, le PDG d’EDGE, Faisal al-Bannai, a déclaré que l’entreprise produirait des pièces pour les avions de chasse F-35 si Washington acceptait de vendre des avions de guerre américains aux Émirats arabes unis, à la suite de la décision de l’administration Biden de revoir les contrats conclus avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite dans les derniers jours de la présidence de Donald Trump.

Selon le Wall Street Journal, cette révision a notamment porté sur des contrats conclus avec l’Arabie saoudite pour des munitions à guidage de précision et avec les Émirats arabes unis pour des avions de chasse F-35.

L’Arabie saoudite représente 11 % du marché d’importation d’armes majeures sur les cinq dernières années ; selon les données de SIPRI, il s’agit du plus grand pays importateur d’armes américaines, britanniques et canadiennes.

Début février, lors de son premier discours de politique étrangère en tant que président, Biden a déclaré que les États-Unis ne soutiendraient plus la guerre menée par l’Arabie saoudite au Yémen. Deux mois plus tard, des activistes et des législateurs demandent toujours des éclaircissements sur les répercussions de cette nouvelle politique.

« C’est la troisième administration qui alimente activement cette guerre. Malgré les promesses récentes – et il y a eu des évolutions positives –, la guerre se poursuit et les bombes continuent de tomber avec le soutien des États-Unis, même si ce soutien a un aspect un peu différent », a déclaré Shireen al-Adeimi, professeure adjointe à l’université d’État du Michigan, au cours d’une discussion en ligne fin mars avec le mouvement pacifiste Win Without War.

« Comment les États-Unis peuvent-ils parler de paix au Yémen alors qu’ils continuent de bombarder des civils, de les affamer ? », s’est-elle interrogée.

D’après une étude publiée fin mars par le Yemen Data Project, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a mené environ 22 766 raids aériens au Yémen et jusqu’à 65 982 frappes aériennes au cours des six dernières années.

Le rapport indique qu’environ 30 % des frappes ont touché des sites non militaires, notamment des écoles, des zones résidentielles et des hôpitaux.

Les exportations d’armes israéliennes : 3 % des flux mondiaux

Dans le même temps, l’Inde reste le deuxième pays importateur d’armes majeures de la planète, bien qu’elle ait réduit ses importations en provenance de Russie et augmenté sa production nationale. L’Inde est également devenue le plus grand importateur d’armes israéliennes, à mesure que les relations entre les deux pays se sont approfondies.

« De manière à éviter tout risque de dépendance excessive vis-à-vis d’un exportateur d’armes unique [la Russie], l’Inde a mené une politique de diversification de ses fournisseurs d’armes en signant un certain nombre de contrats d’armement avec différents fournisseurs d’armes, dont Israël, la France et les États-Unis », indique Alexandra Kuimova.

Les exportations d’armes israéliennes, qui représentent 3 % des flux mondiaux, ont enregistré une hausse de de 59 % par rapport aux cinq années précédentes, selon le rapport.

D’après le SIPRI, s’il a pu être suggéré que la pandémie de COVID-19 avait entraîné une baisse des transferts d’armes en 2020, plusieurs États ont « enregistré en réalité des livraisons d’armes plus importantes en 2020 que certaines autres années de la période 2011-2019 ».

« Par exemple, les exportations d’armes américaines en 2020 ont été plus élevées qu’au cours de trois années entre 2011 et 2019, tandis que les exportations d’armes françaises en 2020 ont été plus élevées que lors de cinq années de cette même période », précise le groupe.



Nos Rendez vous !

<<

2021

 

<<

Septembre

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Nous aimons !

« Les Siestes du grand-père »


« Trente ans d’Humanité » de José Fort


Chibanis


Ma France

À la fête de l’Humanité

Mustapha s’en va-t-en guerre


Opération « Boléro-Paprika »

À la Fête de l’Humanite