Tunisie : Ils ne visent pas le pétrole, ils visent l’Etat

jeudi 28 mai 2015
par  Sofiene Ben Hamida

La polémique déclenchée depuis plus d’une semaine autour des richesses pétrolières de la Tunisie est suspecte et malsaine. Elle ne vise pas à poser la problématique de la gestion des richesses naturelles nationales dans le sens d’une meilleure transparence et dans le cadre d’une bonne gouvernance. Elle s’insère dans le cadre d’un calcul politicien douteux, dangereux même, qui vise à priver l’Etat national des conditions de sa pérennité et, donc, son démantèlement.

Bien entendu, nul ne conteste le fait que la gestion de la question énergétique, durant les dernières décennies, s’est faite dans l’opacité avec une gouvernance qui ne répond pas aux normes. Il est presque certain que le secteur pétrolier, générateur de beaucoup de richesses, a été l’objet de beaucoup de convoitises, qu’il a été miné par la mauvaise gestion, le clientélisme et même par la corruption. Les règles de la gestion du secteur pétrolier, les conditions d’octroi des permis et les rapports avec les sociétés pétrolières nationales et étrangères n’ont jamais été clairement définies, du moins dans la pratique. Mais de là à affirmer que l’on nous a caché que la Tunisie nage sur une mare de pétrole dont on nous nie l’existence, cela dépasse l’entendement et s’apparente plutôt à l’ignorance scientifique conjuguée à de la mauvaise foi politique.

Sur le plan scientifique d’abord, les initiateurs de cette campagne se demandent, non sans arrière-pensées, comment la Tunisie ne dispose pas de richesses pétrolières alors que le sous-sol de nos deux voisins, la Libye et l’Algérie, regorge de pétrole et de gaz. Cette question a l’avantage d’être attrayante pour une large frange de la population, surtout pour ceux dont les connaissances scientifiques sont élémentaires. Elle l’est aussi pour les milliers de Tunisiens du sud du pays qui regardent passer, tous les jours, les camions citernes des sociétés pétrolières laissant derrière eux poussière, chômage, pauvreté et beaucoup de frustration. Ceux-là sont même sont tentés de croire que ces camions citernes sont des preuves de la spoliation de leurs richesses avec la complicité des gouvernants, forcément véreux, et de l’Etat, naturellement brigand. Pourtant la cartographie géologique de la région montre que notre pays ne dispose que de petites poches de pétrole contrairement à ses voisins. Par contre, la Tunisie, toujours pour des considérations de topographie des strates géologiques de la région, dispose d’une richesse en matière de minerai du phosphate dont ses deux voisins sont totalement privés. Pourquoi accepte-t-on alors la présence du phosphate tout en refusant l’absence du pétrole ?

Sur le plan politique, les initiateurs de cette campagne sont dans l’opposition aujourd’hui. Mais ils étaient au pouvoir pendant deux ans. Ils ont eu l’occasion de disposer des éléments d’information sur la question énergétique et auraient pu alerter l’opinion publique. Pourquoi attendre de quitter le pouvoir pour se découvrir une âme de grand défenseur des droits économiques et sociaux ? Étaient-ils, eux aussi, en connivence avec les multinationales pétrolières quand ils étaient aux commandes ?

Sans succomber à la théorie du complot, il ya lieu de faire le rapprochement entre plusieurs faits similaires. Le premier nous renvoie à cette attitude de dénigrement systématique du secteur touristique par les islamistes de tous bords au début de la révolution. Le gouvernement de la Troïka s’est refusé d’apporter la moindre aide à ce secteur sinistré et le terrorisme qui a frappé le pays a fini par favoriser son effondrement. Pourtant, le tourisme constitue l’une des sources essentielles du pays en devises étrangères.

Le second fait a connu son apogée les dernières semaines avec l’arrêt total de toutes les activités liées au phosphate dans le bassin minier et ailleurs. Bien entendu, les problèmes du bassin minier sont endémiques. Mais depuis la révolution, les choses ont empiré et bizarrement, les gouvernements successifs ont laissé faire. Aujourd’hui, le pays est privé de l’une de ses principales ressources.

La récente polémique autour du pétrole et les difficultés diverses rencontrées par les sociétés pétrolières risque de porter un coup de frein au secteur et réduire les ressources de l’Etat.

Le rapprochement entre ces faits conduit à poser une question : y a-t-il un lien entre ces faits d’apparence distincts ? Priver l’Etat de ses revenus ne met-il pas ses institutions et sa pérennité en danger ?

Aujourd’hui et depuis l’indépendance du pays en 1956, l’Etat tunisien est le garant d’un modèle de société moderniste. Si l’Etat venait à faiblir ou disparaitre, c’est le modèle sociétal actuel qui en pâtira. Alors, au-delà des simples faits disparates, qui en veut au modèle tunisien ?



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