La Palestine, la Ligue arabe et nous

jeudi 14 décembre 2017
par  Hassane Zerrouky

La Ligue arabe, si véhémente quand il s’était agi de la Libye de Kadhafi et de la Syrie de Bachar Al-Assad, et dernièrement à l’endroit de l’Iran, s’est contentée cette fois-ci du minimum syndical : l’institution panarabe a demandé à Washington d’annuler sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et appelé la communauté internationale à reconnaître un Etat palestinien « avec Jérusalem-Est comme capitale ». Ça ne coûte rien de l’énoncer et ça ne froissera pas Donald Trump.

Lors de cette réunion, le chef de la diplomatie libanaise, Gebran Bassil, dont le pays est pourtant frontalier avec Israël et qui a tout à craindre, a eu beau inviter ses homologues arabes à prendre « des mesures diplomatiques, économiques et financières » contre les Etats-Unis, personne n’a bronché car c’était hors sujet. Quoi de plus rassurant donc pour Donald Trump et son obligé Netanyahu.

Quelques jours avant la réunion de la Ligue arabe, le président du Comité Al-Qods, le roi Mohammed VI, s’était borné à faire part à Donald Trump – qui s’en fout totalement ! – de sa « préoccupation personnelle » et de « la grande inquiétude ressentie par les Etats et les peuples arabes et musulmans ». C’est tout ! Et le Président Sissi dans tout ça ? Lui aussi a demandé au Président américain « de ne pas compliquer la situation dans la région en prenant des mesures qui compromettent les chances de paix au Proche-Orient » ! Quant à l’Arabie Saoudite, qui n’a jamais été un farouche défenseur de la cause palestinienne, son rapprochement avec Israël, qui date de quelque temps déjà, et qui semble s’accélérer depuis que le prince héritier Mohamed Ben Salmane (MBS) est aux manettes du royaume, il n’y avait rien à en attendre.

Dans cette affaire, malgré les protestations de solidarité notamment en Tunisie et au Maroc, moins en Algérie cependant, les Palestiniens sont encore une fois bien seuls. Et à ce propos, arrêtons-nous sur ces voix qui se sont élevées en Algérie (elles se reconnaitront) contre toute expression de solidarité avec les Palestiniens, expliquant tout bonnement ne pas être concernées parce que, assuraient-elles, « nous ne sommes pas arabes » !
Au nom de cette logique, fallait-il rester les bras croisés lorsque Daesh massacrait en Syrie et en Irak au motif que leurs victimes étaient arabes et que cela ne nous concernait pas ? Ou ne pas s’indigner lorsque le blogueur saoudien, Raouf Badawi, a été condamné à 1 000 coups de fouet à raison de 50 par semaine, sous le prétexte qu’il est arabe et que cela ne nous concerne pas ? Certes non, car le combat de Raouf Badawi contre le salafo-wahhabisme concerne tout le monde, tous ceux qui luttent pour un monde de progrès et de liberté.

La question palestinienne ne doit donc pas être réduite à sa dimension ethnique, raciste et religieuse. Elle n’est ni arabe ni religieuse, elle est politique  : il s’agit du droit d’un peuple à disposer d’un Etat dans les frontières de 1967. Et ce n’est pas parce que des régimes arabes ou dits arabes instrumentalisent la cause palestinienne à des fins de politique interne – pour être honnête, ils le font de moins en moins d’ailleurs, tellement ç’en est devenu grotesque –, que cela devrait empêcher les Algériens et les Maghrébins de soutenir les Palestiniens, comme le font d’ailleurs ces ONG israéliennes telles B’Tselem, laquelle est allée jusqu’à témoigner devant le Conseil de sécurité de l’ONU sur l’occupation et les exactions commises par l’armée israélienne en Cisjordanie.

Et ce n’est pas parce que les salafo-wahhabites et des islamo-panarabistes manipulent la question de Jérusalem à des fins de légitimation politico-religieuse et exclusiviste qu’il faudrait leur laisser le terrain libre en capitulant. Et qu’il faut les laisser faire de la « Palestine trahie » (selon le titre de la pièce de Kateb Yacine) leur propriété exclusive et lui assignent un contenu réactionnaire qui ne ferait que reconduire à l’infini l’impasse dans laquelle se trouvent les Palestiniens depuis 1948. Ce qui ferait au final le jeu de Trump et Netanyahu.

Se battre pour l’identité amazighe et algérienne n’est donc pas incompatible avec l’expression de la solidarité avec la cause palestinienne et celle d’autres peuples.



Nous aimons !

« Les Siestes du grand-père »


Chibanis


Hercules 1959