Israël est un « régime d’apartheid » selon l’ONG B’Tselem

mercredi 13 janvier

La promotion systématique, par un État, de la domination d’un groupe sur un autre est le marqueur d’un système d’apartheid, note l’ONG israélienne B’Tselem

C’est une première en Israël. L’ONG de défense des droits de l’homme B’Tselem affirme dans un rapport, publié mardi 12 janvier, qu’Israël maintient un système d’« apartheid », un « régime de suprématie juive, du Jourdain à la Méditerranée ».

« Une comparaison polémique au dernier degré en Israël. Mais surtout selon la définition établie par le droit international : le statut de Rome, instituant la Cour pénale internationale en 2002, fait [de l’apartheid] un crime contre l’humanité », souligne le quotidien Le Monde.

Pour B’Tselem, l’ancienne perception de deux territoires obéissant à des régimes politiques distincts – une démocratie dans un territoire de neuf millions d’habitants israéliens et une occupation militaire temporaire imposée à cinq millions de Palestiniens – ne tiendrait plus la route.

« [Cette] distinction obscurcit le fait que toute la zone entre la mer Méditerranée et le Jourdain est organisée selon un seul principe : faire progresser et cimenter la suprématie d’un groupe – les juifs – sur un autre – les Palestiniens. Tout cela conduit à la conclusion qu’il ne s’agit pas de deux régimes parallèles qui respectent simplement le même principe », soutiennent les auteurs de ce rapport.

« Des centaines de milliers de colons juifs résident maintenant dans des colonies permanentes à l’est de la Ligne verte, vivant comme s’ils étaient à l’ouest. Jérusalem-Est a été officiellement annexée au territoire souverain d’Israël et la Cisjordanie a été annexée dans la pratique », explique le rapport.

B’Tselem considère en outre que la situation a beaucoup changé depuis l’adoption de la loi sur « l’État-nation » – qui donne la priorité au développement des communautés juives – et la perspective de l’annexion de parties de la Cisjordanie occupée.

« La suprématie juive est désormais inscrite dans la loi fondamentale, ce qui en fait un principe constitutionnel contraignant – contrairement à la loi ordinaire ou aux pratiques des autorités, qui peuvent être contestées. Cela signale à toutes les institutions étatiques que, non seulement elles peuvent, mais qu’elles doivent promouvoir la suprématie juive dans toute la zone sous contrôle israélien », relève le rapport.

L’objectif de la suprématie juive

« Les citoyens juifs vivent comme si toute la zone était un seul espace [à l’exclusion de la bande de Gaza]. La Ligne verte ne signifie presque rien pour eux : qu’ils vivent à l’ouest, sur le territoire souverain d’Israël ou à l’est de celui-ci, dans des colonies non officiellement annexées à Israël. »

Au contraire, le lieu où vivent les Palestiniens, en revanche, est crucial.

« Le système israélien a divisé la zone en plusieurs unités qu’il définit et gouverne différemment, accordant aux Palestiniens des droits différents dans chacune. Cette division concerne uniquement les Palestiniens. L’espace géographique, qui est contigu pour les juifs, est une mosaïque fragmentée pour les Palestiniens », note le rapport, qui liste les différences en droits et en statut entre les Palestiniens appelés « Arabes israéliens » (ceux vivant en Israël même), les 350 000 Palestiniens de Jérusalem-Est, les habitants de la Cisjordanie et ceux de la bande de Gaza.

Tous les droits, aussi différentiels soient-ils, qu’Israël accorde aux Palestiniens restent inférieurs à ceux accordés aux citoyens juifs, note le rapport de B’Tselem.

« L’objectif de la suprématie juive est avancé différemment dans chaque unité [territoriale], et les formes d’injustice qui en résultent diffèrent : l’expérience vécue par les Palestiniens dans la bande de Gaza sous blocus est différente de celle des sujets palestiniens en Cisjordanie, des résidents permanents à Jérusalem-Est ou des citoyens palestiniens au sein de l’État israélien. Mais ce sont des variations sur le fait que tous les Palestiniens vivant sous la domination israélienne sont traités comme inférieurs en droits et en statut aux juifs qui vivent dans la même région », poursuit le rapport.

Des méthodes sont employées par l’État israélien pour faire progresser la suprématie juive, selon B’Tselem. Elles s’articulent autour des limitations de mouvements (notamment migratoires) pour les Palestiniens, la possession de terres au profit des juifs tout en entassant les Palestiniens dans des enclaves, les entraves à la participation politique des Palestiniens et les limites à l’accès à la citoyenneté.

« Un régime qui utilise les lois, les pratiques et la violence organisée pour consolider la suprématie d’un groupe sur un autre est un régime d’apartheid. »

L’ONG B’Tselem défend ce qualificatif : « Dans le discours public et dans le droit international, l’apartheid ne signifie pas une copie exacte de l’ancien régime sud-africain. Aucun régime ne sera jamais identique. L’apartheid est depuis longtemps un terme indépendant [de l’ancien contexte sud-africain], enchâssé dans les conventions internationales, faisant référence au principe d’organisation d’un régime : promouvoir systématiquement la domination d’un groupe sur un autre et œuvrer à le consolider. »


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