En pleine crise sanitaire, une ligne ferroviaire à 23 milliards de dollars indigne les Égyptiens

mercredi 27 janvier

Pour beaucoup, cet argent serait mieux dépensé dans les hôpitaux et la réponse au coronavirus, alors que les autorités ont du mal à assurer l’approvisionnement en oxygène

Frappée de plein fouet par le coronavirus, l’Égypte a annoncé en grande pompe un plan d’investissement de 23 milliards de dollars. Mais cet argent n’est pas destiné aux hôpitaux débordés, qui seraient même dans l’incapacité d’assurer l’approvisionnement en oxygène.

Non, cette somme est consacrée à la construction d’une nouvelle ligne de chemin de fer clinquante, ce qui a laissé certains Égyptiens perplexes quant à cette dépense engagée pour un projet qui semble loin d’être une priorité.

Le gouvernement égyptien soutient cependant que le réseau constituera une avancée fantastique.

Fruit d’un partenariat avec la multinationale allemande Siemens, la ligne se composera de quinze gares et passera par la nouvelle capitale administrative controversée, qui est en construction et n’a pas encore de nom.

Selon les informations relayées, le projet devrait nécessiter un budget de 360 milliards de livres égyptiennes (23 milliards de dollars) et durera deux ans.

Sur un parcours de 460 km reliant Ain Soukhna, sur le littoral de la mer Rouge, à El-Alamein, au bord de la Méditerranée, les trains atteindront une vitesse de 250 km/h.

Le Premier ministre Moustafa Madbouli a dévoilé le projet la semaine dernière, mais au cours des jours suivants, l’appréhension et le scepticisme se sont emparés de la toile.

L’acteur égyptien Amr Waked a souligné l’importance que ces milliards de dollars pourraient avoir dans le système de santé égyptien.

Au début du mois, un certain nombre de médias et de vidéos publiées en ligne ont montré que des patients atteints du COVID-19 étaient refusés dans les hôpitaux en raison d’un manque de bouteilles d’oxygène.

Il a également été révélé qu’un grand nombre de médecins et d’hôpitaux manquaient d’équipements de protection individuelle et qu’une augmentation du nombre de cas pourrait pousser le système de santé du pays au bord du gouffre.

Selon le ministre égyptien des Transports, Kamel al-Wazir, la nouvelle ligne ferroviaire pourra également transporter des marchandises et le coût du projet dépassera très probablement les 23 milliards de dollars estimés.

Kamel al-Wazir a également précisé que l’Égypte paierait le coût du projet sur une période de vingt ans.

Les craintes de voir cette ligne ferroviaire profiter uniquement aux riches et à l’élite du pays ont été renforcées lorsque Naguib Sawiris, un homme d’affaires égyptien de premier plan, s’est exprimé sur Twitter pour demander pourquoi la ligne ne passerait pas par Hurghada, une destination touristique populaire proche d’El-Gouna, une station balnéaire qu’il possède.

« Est-ce que quelqu’un comprend pourquoi le train à grande vitesse va d’Ain Soukhna à El-Alamein et non du Caire à Hurghada, par exemple ? », s’est-il interrogé sur Twitter.

En réponse, Kamel al-Wazir a déclaré que le gouvernement serait heureux de construire une nouvelle gare le long de la ligne pour desservir sa station balnéaire – à condition que Naguib Sawiris la finance.

Certains se sont toutefois montrés plus optimistes au sujet du nouveau projet ferroviaire et ont laissé entendre qu’il apporterait toute une série d’avantages aux habitants du pays.

Icône du football, Ahmed Hossam Mido est intervenu et a insisté sur le fait que le projet créerait probablement de nombreuses opportunités d’emploi pour les travailleurs de toute l’Égypte.

Le gouvernement égyptien a investi dans une série de projets infrastructurels de grande envergure, dont le plus important est peut-être la nouvelle capitale administrative.

Celle-ci est en cours de construction dans le désert à 45 km à l’est du Caire. Des entreprises de construction privées y travaillent d’arrache-pied sous la supervision de l’armée.

Ce projet ambitieux vise à accueillir le gouvernement, un palais présidentiel, la Cour suprême et la Banque centrale, ainsi qu’un aéroport et un quartier d’affaires.

Les détracteurs de l’initiative soutiennent depuis longtemps que l’Égypte ne peut pas se permettre d’investir dans des projets aussi gigantesques, en particulier à un moment où le système de santé vacille et où le chômage est en hausse.

Ce projet de 45 milliards de dollars, qui devrait être de la taille de Singapour, a suscité de nombreuses inquiétudes quant à sa faisabilité économique.


Chez nos copains... : Par Nadda Osman

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